Il n'est toujours pas question de faire dans l'actualité, et ça Jérémie Kroubo Dagnini l'a bien compris lorsqu'il m'a proposé de publier cette entrevue avec Mark Downie. C'était donc largement suffisant pour accepter le deal. Une poignée de jours plus tard, je reçois cette retranscription/traduction que je m'empresse de vous rendre publique après une lecture bien plus que satisfaisante : démystification, recul, passion vécue jusqu'au bout, soit un témoignage comme on aimerait en lire plus souvent!

Côté actualité, tout de même, soulignons simplement que Jérémie Kroubo Dagnini vient d'écrire une thèse de doctorat sur l'histoire de la musique jamaïcaine, ouvrage qui sera prochainement publié chez Camion Blanc sous le titre Vibrations jamaïcaines : l'histoire des musiques populaires jamaïcaines au XXe siècle ; il est également l'auteur de Les origines du reggae : retour aux sources : Mento, Ska, Rocksteady, Early Reggae sorti en 2008, livre que j'avais par ailleurs chroniqué et qui m'a déjà donné l'occasion de poser quelques questions à son auteur... Je lui rends cette fois-ci la parole dans un rôle de meneur qu'il remplit à merveille...













Reggae in UK with Mark Downie.

Dans le cadre de mes recherches universitaires, j'ai eu l'occasion de rencontrer une multitude d'individus plus ou moins influents dans l'histoire de la musique jamaïcaine. J'ai interviewé entre autres Max Romeo, Alpha Blondy, Toots Hibbert, Don Letts, Cedric Myton, Johnny « Dizzy » Moore, Mutabaruka, Prince Jazzbo, Sly Dunbar, Tyrone Downie, Stephen « Cat » Coore et… Mark Downie. À première vue, le nom de Mark Downie pourrait sembler inopportun étant donné le relatif anonymat de ce dernier comparé aux autres personnalités citées ci-dessus. Mais détrompez-vous car ce guitariste rythmique, auteur-compositeur et graphiste a lui aussi apporté sa pierre à l'édifice en participant notamment à l'essor du mouvement skinhead britannique, en fondant de nombreux groupes de Ska, Rocksteady et Reggae old-school, et en accompagnant le légendaire Lee « Scratch » Perry avec qui il enregistra l'album "Battle Of Armagideon" en 1986. Entretien.


Salut Mark ! Si tu le veux bien, je vais  Dance by Mark Downie commencer l'entrevue en te posant quelques questions sur le mouvement skinhead en général, avant d'aborder ton expérience personnelle, ta propre carrière et bien entendu le phénomène Lee « Scratch » Perry.


Salut Jérémie, pas de problème. Pose-moi toutes les questions que tu veux !



Les premiers skinheads étaient amateurs de musique jamaïcaine, de Ska, de Rocksteady et d'Early Reggae notamment. Comment expliques-tu leur attrait pour ces rythmes caribéens ?


Il me semble que c'est une question de fusions culturelles. C'est la musique qui réunissait les gens à l'époque, en particulier dans les clubs et discothèques. Par conséquent, la musique jamaïcaine est devenue populaire auprès des jeunes Blancs qui traînaient avec les jeunes Noirs. On achetait et on échangeait des disques, et collectionner des disques de Reggae était aussi branché que porter certains vêtements. Il ne faut pas oublier non plus que la musique jamaïcaine était quelque chose de vraiment nouveau et révolutionnaire à l'époque.



Hormis leur passion mutuelle pour la musique, quels autres points communs les premiers skinheads partageaient-ils avec les immigrés jamaïcains ?


En fait, ils venaient tous de la classe ouvrière. Dans les années 1960, la Grande-Bretagne était plutôt socialiste et il y avait une grande solidarité au sein de la classe ouvrière. L'aspect des skinheads était un mélange des styles noirs et blancs. Les cheveux courts, parfois coupés en dégradé, c'était une coupe clairement empruntée aux jeunes Noirs. Les manteaux trois-quarts, les chaussures basses, ornées de petits trous et les mocassins étaient à la fois portés pas les rude boys et les mods. Et c'est l'évolution du style des mods qui a donné le style « skinhead ». Les boots et les bretelles étaient des accessoires typiques de la classe ouvrière blanche, et qui furent à leur tour adoptés par les jeunes Noirs.



skinheadsAu début, le mouvement skin était-il déjà multiethnique ou pas ? Je veux dire, y avait-il des skins noirs ?


À ce que je sache, ça a toujours été un mouvement multiracial. À l'époque, il y avait les mods, les rockers et les beatniks qui sont devenus respectivement les skins, les motards et les hippies. Selon ma propre expérience, le mouvement skinhead était le seul groupe multiracial. Mais je ne veux pas non plus en dresser un portrait idyllique ; ce serait malhonnête de nier qu'il y avait aussi un racisme latent au sein du mouvement skin, un racisme intrinsèque à la société britannique de l'époque. Le phénomène connu sous le nom de Paki-bashing (c'est-à-dire le passage à tabac des Pakistanais) était quelque chose qui était vraiment pratiqué par les skinheads blancs et noirs.



Et qu'en est-il du public sound-system ? Y avait-il beaucoup de skinheads ?


Je suis un peu trop jeune pour répondre à cette question avec certitude, mais il me semble qu'il y avait toujours quelques Blancs dans les soirées blues jamaïcaines, même avant l'avènement des skins.



Quand et comment le racisme a-t-il véritablement infiltré le mouvement skin ?


Je pense que de nombreuses villes régionales au Royaume-Uni n'étaient pas très multiraciales et étaient dominées par la monoculture de la classe ouvrière blanche. La mode skinhead a commencé dans les grandes villes qui étaient beaucoup plus cosmopolites, mais quand elle s'est étendue aux villes provinciales, elle a attiré beaucoup de jeunes blancs qui étaient racistes. Il faut également tenir compte de l'époque. En 1975, le mouvement skin avait pris de l'ampleur et avait déjà engendré d'autres modes. Parallèlement, on assistait à l'essor de la politique d'extrême droite incarné dans le National Front, dont les militants distribuaient énormément de prospectus dans les stades de football, ciblant les anciens et nouveaux skins, et récupérant au passage cette mode. Moi, je ne connaissais aucune personne issue de la première génération de skins qui partageaient ces visions racistes, et je pense que de nombreux ex-skins se sont activement dissociés des nouveaux skins NF.



De manière générale, qu'est devenu le mouvement skin ?


Pour être honnête, c'était plus une mode de jeunes. Parler de « mouvement », c'est leur donner un peu trop de crédit. J'étais au collège quand on était skins et au début des années 1970, peu de gens avaient les cheveux courts. Les jeunes avaient pour la plupart les cheveux plus longs. Les modes évoluaient. Je connais des types qui sont devenus skins à cette époque et qui continuent de porter quelques attributs skins ; certains continuent même de porter toute la panoplie skinhead. Mais je pense que comme toutes les modes et tous les cultes de jeunes, ça évolue. Les gens grandissent, évoluent, font des choses différentes. Je trouve génial le récent regain d'intérêt pour la mode skinhead car la nouvelle génération fait plus attention à l'esprit multiracial des origines et à l'importance de la musique. Mais à nouveau, il s'agit davantage d'un engouement nostalgique que d'un « mouvement ».



 bootsD'après toi, les skins ont-ils influencé d'autres groupes comme les punks ?


Énormément. Il n'y aurait jamais eu de punks sans les skinheads. La musique jamaïcaine a directement influencé les groupes de punk. Pas leur style de musique, mais l'indépendance anarchique de la scène musicale jamaïcaine a directement inspiré les jeunes britanniques qui se sont mis à produire leurs propres disques. Aussi, les punks portaient des Dr Martens et d'autres attributs empruntés au style skinhead. Par ailleurs, le Reggae était la seule musique qu'on pouvait entendre dans les premiers concerts punk.



Pour en revenir à toi, quand et comment as-tu découvert la musique jamaïcaine ?


En fait, j'ai découvert la musique jamaïcaine très jeune grâce à des gros tubes comme My Boy Lollipop de Millie [Small NDR]. Mais à cette époque, je n'associais pas cette musique à un style particulier. Pour moi, c'était juste de la musique pop comme les Beatles. Plus tard, j'ai découvert des tubes de Johnny Nash comme Hold Me Tight, Cupid, etc... Mais là encore, je ne classais pas ces musiques dans un style précis. J'étais simplement attiré par le rythme. Ensuite, quand je suis entré au collège, j'ai découvert les skinheads et la musique qu'ils écoutaient : le Reggae. On n'écoutait que ça à l'époque. À l'âge de 11 ans, en 1970, j'ai acheté mon premier disque : Double Barrel de Dave & Ansell Collins qui venait juste de sortir. Je n'oublierai jamais la sensation que le tempo a laissée sur moi. Ce fut ma première incursion dans l'univers vibrant et excitant de la musique jamaïcaine. Tu ne peux pas imaginer à quel point j'étais excité quand, quelques mois plus tard, le morceau s'est positionné en tête des charts. Après cet achat, je n'ai plus jamais fait marche arrière.



Et qu'est-ce que tu as trouvé de si excitant dans cette musique ?


Je pense que c'est un tout qui m'a attiré : le tempo entraînant et contagieux de la musique ainsi que la culture jamaïcaine que je trouvais exotique et mystérieuse. À cette époque, on connaissait les Jamaïcains qui étaient nos voisins, nos amis, mais on ne connaissait rien de leur pays d'origine, excepté ce qu'on voyait dans les dépliants touristiques. La musique parlait d'un monde différent de notre grisaille anglaise et c'était très attirant. En 1972, je suis tombé sur un morceau intitulé Behold The Land de Joseph Hill. Un disque importé de Jamaïque et publié par Coxsone. C'était mon premier disque Coxsone et je ne pouvais pas savoir à cette époque que Joseph allait devenir le chanteur principal de Culture. Quand je jouais ce morceau dans ma chambre d'adolescent, mon monde se transformait. J'ai soudainement compris ce que ça voulait dire d'être noir. Ça a vraiment laissé des marques sur le petit gamin de 13 ans que j'étais, et c'est à ce moment-là que j'ai commencé à écouter les sons plus conscients du Reggae Roots. En fait, ce fut une progression naturelle. Je me suis mis à écouter des titres comme Young Gifted And Black et Israelites. Je pense que les gens de ma génération n'ont pas tous réagi de la même façon. Pour moi, c'était naturel, mais je sais que certains skinheads n'ont pas été jusque-là. Je me souviens qu'un jour, un jeune skinhead a dit : « personne n'écoute les paroles des chansons de Reggae, c'est simplement le tempo qui nous plaît ». Eh bien ce n'était pas le cas pour moi. Je trouvais l'ensemble du truc fascinant, intriguant, et beaucoup d'autres skinheads partageaient mon amour pour cette musique, mais pas nécessairement ma passion. En classe de quatrième, j'ai même fait une présentation, en cours d'anglais, sur le Reggae. J'ai fait un exposé devant la classe entière sur la musique et son histoire. J'avais même amené des disques que j'ai joués pour illustrer mon propos. Je me rappelle avoir expliqué le phénomène du toasting sur les versions. J'ai d'abord joué If I Had A Hammer de Nicky Thomas, suivi de Hammering Version de Cat Campbell dont l'intro commence par This is your No.1 Station – le nom que j'ai donné à mon groupe des années plus tard.



Tu étais tellement fan de musique jamaïcaine que tu es parti en Jamaïque, n'est-ce pas ? Quelles ont été tes impressions ?


C'est vrai. Mais à cette époque je ne savais pas trop comment j'allais faire pour aller en Jamaïque. Et puis j'ai pensé à la Marine marchande. Mon grand-père avait été dans la Marine marchande et il était encore facile d'intégrer cette institution, donc c'est ce que j'ai fait. J'ai passé 4 ans à voyager dans le monde entier et j'ai atterri à Kingston en 1977. J'ai visité quelques boutiques de disques, notamment la boutique de Prince Buster sur Orange Street où je suis resté bouche-bée en découvrant des bacs remplis de 33RPM de Jim Reeves et Mario Lanza. Mes impressions ? C'était juste comme je l'imaginais, sauf le fait que j'ai réalisé que tous les Jamaïcains n'étaient pas obsédés par le Reggae. Un ami chauffeur de taxi m'a fait visité la ville et m'avait conseillé de ne pas me promener seul car c'était dangereux pour un étranger. Ce fut une expérience fabuleuse.



Tu as eu l'occasion d'y retourner par la suite ?


Non, jamais.



Scratch & Mark DownieTu as aussi eu l'opportunité de jouer avec Lee Perry. Quand et comment l'as-tu rencontré exactement?


C'était magique. En fait, je l'avais vu à la télévision dans une émission intitulée The Tube. Ce numéro était intitulé Jools in Jamaica et Jools Holland [le présentateur NDR] faisait le tour de l'île, interviewant des artistes. Il a fini au Black Ark avec Scratch. Lee Perry était un héros de longue date pour moi. Quand j'étais gosse, je rêvais de jouer dans les Upsetters ; c'était le nom du groupe que je préférais. À cette époque, j'étais dans un groupe de Reggae qui s'appelait Studio Six. À la fin de l'interview, Lee Perry a regardé la caméra et a dit quelque chose comme: « Si tu veux travailler avec moi, je me fiche que tu sois blanc, noir, rose ou jaune ; si tu as un cœur pur, tu es le bienvenu ». C'était vraiment étrange, car j'avais l'impression qu'il s'adressait directement à moi. Et puis j'ai chassé cette pensée de mon esprit et repris mes activités. Une dizaine de jours plus tard, je sortais d'un magasin de disques sur Portobello Road et je suis tombé nez à nez avec Lee Perry ! J'étais stupéfait. J'ai dit : « Scratch, je suis fan de vous ». Il m'a serré la main et a continué sa route. Je suis resté là à le regarder et je me suis dit : « Vais-je le laisser partir sans rien dire ? ». Je l'ai suivi et j'ai continué à lui parler. Je lui ai dit que j'avais un groupe. Il m'a donné un numéro à appeler et ce fut le début d'une longue amitié. J'ai appelé le numéro, c'était celui de Seven Leaves Records qui était dirigé par Tony Owens. Je les ai rencontrés dans sa boutique de disque et je me suis arrangé pour que Lee vienne voir mon groupe. Il est venu assister à une répétition de Studio Six et on a travaillé quelques morceaux avec lui. Ensuite, il a fait quelques petits concerts avec nous. Il a joué au Bell Inn, à Codicote, un pub de campagne qui a une scène musicale live très vivante. Il a aussi joué avec nous lors d'un concert de soutien aux mineurs en grève. C'était en 1984, à l'apogée de l'ère Thatcher. Peu de temps après ces concerts, Lee logeait chez moi ; on était devenu de bons amis, partageant un amour mutuel pour la nature. Je l'emmenais faire des ballades à la campagne où il s'éclatait à faire des graffitis sur les troncs d'arbres. Il appréciait vraiment la beauté du paysage. C'est à cette époque qu'on a commencé à penser à enregistrer un nouvel album. Mais à la même période, les autres membres du groupe ont décidé d'organiser une réunion de groupe. J'ai assisté à la réunion et ils m'ont dit : « On pense que Lee Perry est siphonné et fini, et qu'il ne fera rien pour nous. Donc c'est lui ou nous ! ». Je n'ai pas hésité une seule seconde. Je me suis levé et j'ai dit : « Je vous quitte pour travailler avec Lee, si quelqu'un veut me suivre, c'est maintenant ». La seule personne qui m'a suivi c'est Russ, le claviériste. On a rejoint un autre groupe appelé les Dub Factory et c'est avec eux qu'on a enregistré l'album "Battle Of Armagideon".



J'ai entendu dire que personne n'a été payé pour cet album, excepté Lee Perry. C'est vrai ça ?


On n'a reçu aucune royaltie car Lee Perry a pris tous les droits d'auteur-compositeur. On était jeunes, inexpérimentés et naïfs, donc même si on avait composé la moitié des rythmes de l'album, Scratch a apporté les touches finales et s'est approprié les chansons. Il continue à chanter certaines d'entre elles en live. On a touché un paiement unique de 30£ chacun pour l'enregistrement. Et moi, j'ai été payé pour avoir réalisé la couverture de l'album.



Battle Of ArmagideonAprès ça, certains des musiciens ont décidé de quitter Lee Perry. Mais toi tu as choisi de rester. Pourquoi ?


On a mis 6 mois à concevoir l'album, entre les premières sessions d'enregistrement et le moment où il était prêt à sortir. J'avais réalisé la couverture et j'avais beaucoup travaillé avec Lee sur le produit final. Les musiciens ont commencé à se demander si l'album allait vraiment sortir un jour. Le groupe s'est séparé avant que l'album ne soit terminé et j'ai dû recruter un nouveau groupe en entier pour faire des concerts après sa sortie. Quand Lee a vu mon dessin pour la pochette, il a dit : « C'est la couverture d'un album Upsetter ». Et il l'a sorti sous le nom de Lee « Scratch » Perry et les Upsetters. J'étais sur la lune ; j'avais accompli un rêve d'adolescent.



Socialement et mentalement parlant, comment était-il ? J'ai lu dans la biographie écrite par David Katz que tu l'as vu en train de boire de l'essence lors d'une séance d'enregistrement…


Lee est toujours en train de se donner en spectacle. Je me rappelle de cet exemple particulier. On allait au studio et il nous a demandé de nous arrêter dans une station pour acheter de l'essence. Nous, on ne savait pas pourquoi, mais quand on est arrivé au studio, il a débouché le bidon pendant qu'il était en train de chanter Time Marches On. Il avait un radiateur électrique dans le studio ; il mettait de l'essence dans ses cheveux et collait ensuite sa tête au radiateur. Un truc de fou ! Ça sentait l'essence dans tout le studio et on avait tous envie de dormir. À cette époque, il buvait beaucoup et ce jour-là, il buvait du rhum et du jus de cassis. Une fois la bouteille de rhum terminée, il a versé un peu d'essence dans son verre et il a mélangé l'essence avec le jus de cassis. Puis, il a commencé à boire. Il s'est mis face au micro et a dit : « Si quelqu'un fait ce que j'ai fait, il mourra ! ». On s'est tous regardé et on a acquiescé. À cette époque, Lee trippait vraiment beaucoup. J'ai assisté à plein de trucs de fou, comme la fois où à nouveau il a acheté une bouteille d'essence, versé le contenu partout dans le jardin et y a mis le feu. Il y avait un mur de feu de 3 mètres de haut. Lee se tenait debout près du portail, criant : « Jah ! Rastafari ! ». C'était hilarant.



Comment perçois-tu Lee Perry ? Un schizophrène ? Un génie ? Les deux?


Un génie, il n'y a pas de doute là-dessus. Je pense qu'il a souffert de problèmes mentaux quand Bob Marley est parti chez Island et quand sa femme l'a quitté. Il a mis le feu à son studio et a commencé à agir vraiment bizarrement. Je l'ai connu quand il se battait contre ses démons, mais j'ai réalisé que même à cette époque, sa folie était réservée à certaines périodes, certains endroits ou certaines personnes. Il m'est arrivé d'avoir des conversations parfaitement lucides et intéressantes avec lui à l'époque. Depuis qu'il a arrêté l'alcool et la ganja, il semble parfaitement normal et épanoui.



Tu es toujours en contact avec lui ?


Oui, je le vois toujours. J'essaye toujours d'aller voir ses concerts quand il passe à Londres et de le rencontrer. Je l'ai encore vu il y a deux semaines, à Glastonbury. Il a l'air parfaitement heureux, calme et satisfait.



À part Lee Perry, as-tu travaillé avec d'autres artistes jamaïcains ?


Oui, j'ai travaillé avec Prince Buster. On a enregistré des trucs qui ne sont jamais sortis. J'ai aussi joué de la guitare dans le groupe de Rico ; mon groupe a accompagné Laurel Aitken pendant une année environ. On a aussi accompagné Symarip, Winston Francis, Dennis Alcapone, Dave Barker, U Brown, The Marvels et d'autres. Tout ça sur une période de 10 ans. On a aussi redonné vie au célèbre label Blue Beat, chez qui on a sorti 6 singles en 45RPM.



with Prince BusterTu as joué dans plein de groupes : Studio Six, Dub Factory, The Upsetters, Rico's All Stars etc. Tu fais quoi aujourd'hui ?


Je joue dans No.1 Station qui est mon groupe. Je l'ai formé il y a 10 ans. On joue du Ska, Rocksteady et Reggae old-school. On ne joue principalement que des compositions personnelles ; il y a peu de reprises. J'essaye de travailler sur un nouvel album que je vais bientôt enregistrer. Mon album du moment est disponible sur le site N°1Station.com.



Pour finir, quel est ton point de vue sur la scène Reggae contemporaine au Royaume-Uni et plus généralement sur l'évolution de la musique jamaïcaine ?


Je pense que la scène Reggae britannique se porte bien en ce moment. Il y a toujours des soirées revival, beaucoup de concerts avec des artistes vétérans et beaucoup de nouveaux groupes qui jouent de la musique puisant dans le Ska et le Reggae. Je n'aime pas tout, mais comme on dit, on ne peut pas tout aimer ! Non, vraiment, la scène britannique est plutôt pas mal. Je ne me plains pas. À mon avis, la musique jamaïcaine s'est perdue en chemin il y a 20 ans. Trop d'influences américaines, trop de hip-hopcrisie, trop de gun lyrics et pas assez de peace and love. Il y a toujours des grands artistes, les vétérans sont toujours là, mais je pense que de manière générale, la musique jamaïcaine a laissé trop de choses derrière elle, des choses qui à l'époque rendaient cette musique géniale. Aujourd'hui, le meilleur Reggae vient souvent du Royaume-Uni.



Merci Marcus, et comme on dit en Jamaïque : walk good !


Merci à toi Jérémie. One Love !




Merci à Jérémie et Markus pour cette tranche d'expérience!

Crédit ITW et traduction : ©Jérémie Kroubo Dagnini.

Crédit photos : photos 1, 2 & 3 ©Mark Downie ; photo 4 ©Ian Hamilton ; photo 6 ©Phoenix.



Evaluez cet article!

4.9/5 pour 16 votes,

depuis le 21/07/11.



Pour aller un peu plus loin avec Jérémie Kroubo Dagnini :