Dans cette jeune série d'interviews qu'est Support Your Scene, un entretien avec Kingreg, passionné de sons oldies jamaïcains, selecter et webmaster du site et forum qui leurs sont entièrement dédiés, mais aussi organisateur de soirées sur la capitale frenchie, était inévitable. Retour sur une expérience et une envie intacte de partager cette passion, le tout avec la concision et l'efficacité que certains reconnaîtront chez le Bababoom'ruler... Ca tourne!

Kingreg from Bababoum...

kingreg bababoumQuestion tout à fait banale mais néanmoins utile : comment en es-tu arrivé à écouter du Reggae, quels sont tes premiers amours en la matière?


Comme beaucoup, j'y suis arrivé avec MADNESS et le 2-Tone. Au milieu des années 80, j'ai découvert une K7 de "One Step Beyond" que je me passais en boucle. Avec l'envie d'en connaître plus et de découvrir, j'ai acheté d'autres albums. J'allais dans un magasin, Nuggets (une chaîne de disquaires des années 80 disparue au milieu des 90s), où le vendeur me conseilla SPECIALS, SELECTER, THE BEAT et BAD MANNERS. Je devais avoir 14-15 ans et à cette époque, il ne fallait pas me parler de Reggae ou de Bob MARLEY que je trouvais mou; à cette époque je ne savais pas qu'il fût à l'origine de magnifiques titres Ska et Reggae.

Puis, ce fut la première compilation de PRINCE BUSTER avec les titres originaux repris par les groupes 2-Tone que j'écoutais jusqu'alors.

En 1988, je me rends à mon premier vrai concert Reggae: Desmond DEKKER.



Et collectionner?


Comme je viens de l'expliquer, ça a commencé avec le revival, j'achetais des LPs. A cette époque, le CD émergeait et leurs lecteurs étaient onéreux, alors qu'encore beaucoup de foyers avaient toujours des tourne-disques. C'est un peu drôle d'en parler ainsi, mais après tout c'était le XXème siècle, et tout le monde ne se rappelle pas de cette époque et des vinyles, je me souviens qu'une demoiselle lors d'une soirée dans un bar nous demanda "comment ça s'appelle les petits disques?" à croire qu'elle venait de voir ces objets pour la première fois.

Bon, pour revenir à ta question: je ne me suis pas vraiment rendu compte que je me suis mis à collectionner. Les oldies ont suivi naturellement le revival, comme je te l'ai dit il y a eu PRINCE BUSTER puis le Best of Alton ELLIS et le Ken BOOTHE Mr Rock Steady, Skinhead Moonstomp, je débutais avec les repress. Par contre, je n'ai pas de souvenir de mon premier 45trs. J'achetais des repress Coxsone, Treasure Isle et Prince Buster à Blue Moon. Sinon, les originaux c'était à Londres chez Daddy Kool, Out On The Floor et d'autres boutiques de Camden (mais j'ai oublié les noms). Ensuite, je commandais sur des listes: Reggae Reggae Reggae, Icicle, Sound & Pressure, Pirate Records, les listes de Tim P. et de Duddley de Cardiff... Et oui, il n'y avait pas e-Bay. Mais, je crois avoir un parcours classique.



Les disques qui t’intéressent sont uniquement les pressages anglais ou aussi les jamaïcains ? Quelles caractéristiques recherches-tu chez les uns ou les autres?


Les deux mon Général! A Londres, je trouvais essentiellement des press anglais et quelques jamaïcains sur listes. Mais avec e-Bay et l'internationalisation du marché, il est plus facile de trouver des press jamaïcains. Certains titres ne sont jamais sortis en Angleterre et d'autres sont meilleurs marché que les pressages de la perfide Albion. Donc, avec le temps je n'ai pas une préférence particulière pour tel ou tel pressage. Il existe aussi des pressages américains et européens: français, belges et hollandais, allemands, portugais et espagnols. Ce qui compte, c'est un press original avec une bonne dynamique.



Les 33 tours font partie des disques que tu recherches?


De moins en moins, voire quasiment plus depuis deux ans ou plus. Je me concentre sur les 45. Bien que je trouve que les albums sont de beaux objets, j'avoue y avoir moins d'attrait. Mais qui sait un jour, je m'en offrirai d'autres.



Pourquoi cette priorité aux 45?


kingreg bababoumC'est le format "jouable". Parce que, j'aime la musique mais une envie de la partager avec mes amis et tout ceux qui aiment cette musique. Le 45 tours a été conçu pour être diffusé sur les ondes et dans les soirées (sound-systems & co) avec une meilleur dynamique et beaucoup plus simple à transporter que le LP. Le single est le "truc" du selecter/DJ. Le 33 est fait pour être écouté à la maison, c'est un bel objet de collection. Je sais que d'autres préféreront le 33 au 45 pour des raisons de coût, mais je n'y crois pas trop lorsqu'on voit le prix de certains albums et surtout que ce n'est pas pour le même usage. Mais, il y a aussi une autre particularité du 45, c'est que certains artistes et groupes n'ont jamais fait d'album mais un ou plusieurs singles et ce serait dommage de passer à côté.



Un jour, tu m’as dit « Le jeu c'est de chercher et découvrir... ». Mais pour chercher, faut déjà avoir des bases, et au vu (d’une partie) de ta collection… Peux-tu nous en dire un peu plus sur tes sources, ou la façon dont tu t’y prends?


On les acquière avec le temps. Cela ne s'est pas fait du jour au lendemain. Tu découvres avec des compilations ce qu'a fait tel artiste chez tel producteur à telle époque. Tu peux te fier à un label ou a un titre. Il y a le hasard avec la surprise de bonnes découvertes et aussi des déceptions.

Il y a aussi les amis qui te font écouter leurs disques et c'est réciproque. Avant on s'échangeait des K7. C'est ce que j'essaie de faire avec le juke-box de Bababoom afin de faire découvrir des chansons et des artistes. Il y a encore des titres que je n'ai pas et que je souhaite avoir, donc je n'ai pas encore fait le tour, heureusement. Le jeu c'est de toujours en découvrir et d'élargir ses connaissances.



Tes motivations, c’est quoi? Découvrir des raretés ou carrément t’approcher de l’exhaustivité en matière de 45T?


C'est avant tout une passion: pour certains c'est les timbres, d'autres le "Dinky Toys", moi c'est les disques de Ska, Rocksteady et Reggae. Je ne suis pas l'unique à jouer des 45 en soirées, d'autres ont des titres que je souhaiterai avoir.

Ma motivation c'est de faire danser le public, d'avoir la tune qui me file la chair de poule quand je l'écoute, qui me donne envie de danser et d'écouter en boucle, en fait celle qui émet des "good vibes". Mon but n'est pas d'avoir la plus grande collection ou les plus rares mais ceux que j'aime.



Tu fais partie des collectionneurs qui font profiter de leurs perles à travers des soirées sound-systems. Mais comme il s’agit essentiellement de raretés, le public est-il toujours réceptif? Quelle est ta « recette » pour que ça marche?


Avant tout je ne me considère pas comme un collectionneur, mais comme un passionné et un selecter. Comme tout le monde, j'ai commencé avec ce qu'on pourrait appeler des "classiques" kingreg bababoummais ils ne le sont pas forcément pour le néophyte. Ce n'est pas parce qu'un morceau est moins connu qu'il ne plaît pas. Le public est demandeur de nouveautés, sinon il risque de se lasser et moi aussi.

J'évite de faire des sets de Ska trop longs, en général 2-3 Ska, puis 2-3 Rocksteady et 3-4 Reggae, je ne sais pas si c'est la meilleure recette; je m'adapte aussi à la thématique de la soirée, si je joue dans une soirée "Mod" je passerai un peu plus de Ska. Le Ska peut être une bonne amorce et dynamiser la sélection, mais aussi épuiser le public et désemplir la piste de danse. Donc, j'essaie d'être le plus varié. En début de soirée, je passe essentiellement des Rocksteady et du Reggae "cool". Aujourd'hui, il y a de moins en moins de titres inconnus du public, avec les sites d'échanges sur le net, les Trojan Box Set et autres compilations parues ces cinq dernières années.



Comment en es-tu venu à tourner un peu partout en Europe?


Il ne faut pas exagérer, je n'ai joué que trois fois à Bruxelles et une fois à Venise. Mais, j'ai joué dans pas mal d'endroits en France, hormis Paris, j'ai été à Lille, Dunkerque et Rosendal, Saint-Omer, Nantes, Brest et Rodez avec toi.

Dans un premier temps parce que je passais des disques à Paris et organisais quelques soirées à Lille et on m'a proposé de "jouer" dans d'autres ville du Nord.

Dans un second temps, je suis revenu à Paris et avec l'association 7 of Clubs, on a mis en place les soirées Sugar'n'Spice et Paris Reggae Explosion. La première est une résidence avec d'autres selecters parisiens qui a débuté en 2003. La seconde était un évènement annuel ayant pour but d'inviter d'autres selecters ou, comme la dernière en 2007, des groupes, nous avons invité Tighten Up de Londres, Alex de Copasetic (Hambourg), Fred (Nantes-Londres), Tomsteady et DrKitch de Bruxelles, Dr Raphi de Perpignan. Donc, j'étais pas mal actif dans l'organisation de soirées, mais aussi sur des forums comme Jahsound, Reggae Vibes, Reggae France, Ska-forum, ForumSka.be. C'est par le biais de ce dernier que je fus invité à exporter le "concept" de Sugar'n'Spice accompagné de deux autres selecters parisiens: Ace et Prince Charmless. Ce sont aussi des amis qui organisent des soirées dans leurs villes et ils m'invitent. Mais à la différence des autres "scènes" 60s les DJ’s Ska bougent peu, ils sont plutôt sédentaires.



Quels sont les endroits où le public et la scène t’ont paru les plus actifs, où tu retournes mixer avec le plus de plaisir?


C'est dur comme question. Ce ne serait pas très juste de juger les efforts des uns et des autres et un peu présomptueux de ma part. Il y a des villes où il y a plus de propositions et donc c'est plus difficile d'avoir une audience et d'autres où l'offre de soirées étant plus rare semble avantager leurs "popularité". Je ne compte pas Bruxelles, parce que les trois Sugar'n'Spice ont été de gros évènements.

En 2007, deux endroits m'ont marqué: Brest et Rodez. A Brest, ils m'ont semblé être les plus actifs dans leurs promotions. A Rodez, Gus Buster s'investit pas mal et le retour est positif, j'ai été agréablement surpris par la popularité et de la bonne ambiance. Je pense que Rodez est numéro 1 (ben tiens! ndlr). J'ai pris du plaisir de jouer partout où j'ai joué, j'ai toujours été très bien accueilli, j'ai rencontré des gens sympathiques et passionnés qui ont envie de faire partager le son qu'ils aiment. Je retournerai partout que ce soit à Venise, Nantes, Rodez, Bruxelles ou Brest, mais aussi dans les villes dans lesquelels je n'ai pas encore eu l'occasion de jouer.



Il fut un temps pas trop éloigné où tu organisais pas mal de soirées sur Paname. Pourquoi avoir arrêté, ou beaucoup ralenti?


kingreg bababoumIl y a plusieurs raisons. L'organisation de soirées et l'association me prenaient beaucoup de temps. J'ai été pendant plus de deux ans sans emploi, ce n'était plus possible et aujourd'hui j'ai repris une activité professionnelle.

Cela demande un investissement personnel de chercher un endroit, de négocier, d'organiser et de promouvoir. Et je n'étais pas seul, j'étais assisté. Depuis fin mars nous avons repris Sugar'n'Spice à une fréquence d'un mois sur deux. Mais là on reprend tout à zéro, en plus on s'est un peu organisé au dernier moment, on espère voir de plus en plus passioné(e)s du jamaïcan'60s'beat.



Serai-ce du à des spécificités de la « scène » parisienne?


Peut-être, même si j'ai peu bougé, je ne pourrai pas te dire comment c'est ailleurs. Il ne faut stigmatiser la "scène" parisienne même si c'est vrai qu'il y a des excès; mais je pense que c'est dû aussi à l'image que peut véhiculer le Ska et le Reggae en France dans l'esprit de certains. Et partir de là on peut retrouver des personnes qui ne sont pas vraiment intéressés par le son, mais qui viennent pour se montrer. Peut-être se font-ils chier dans leur vie et foutre en l'air une soirée et l'une de leur seule occupation.

Puis à Paris, c'est comme partout: il y a des gens "bien" et "moins bien". Est-ce qu'il y a vraiment d'intérêt d'en parler? Je ne crois pas; j'ai toujours voulu sortir le Ska et Reggae de leurs stéréotypes.

Mais je pense que c'est, surtout, difficile d'organiser à Paris, parce que le Reggae et le Ska n'ont pas toujours une bonne image auprès d'une majorité des responsables de salles, mais heureusement pas tous, ils préfèrent donc programmer du Rock, de la Techno ou de l'Electro parce que la prise de certaines substances est plus discrète que la fumée de weed; il y a pas mal d'hypocrisie de leur part.

On ne se rend pas toujours compte quel est l'investissement personnel que l'on doit fournir pour organiser une soirée et la promouvoir, alors quand on doit faire face a une série d'incidents stupides et que notre responsabilité est engagée, on a envie d'arrêter et d'aller voir ailleurs, c'est ce que j'ai fait.

Il ne faut pas oublier le côté positif, nous avons réussi a faire un concert avec deux groupes peu connus du public parisien et une soirées dans laquelle on entendait uniquement du Ska 60s du bon Rocksteady et du Early-Reggae avec plus de 600 personnes: des jeunes et des moins jeunes, des filles et des mecs, des Noirs et des Blancs et tous avaient le sourire sur le dancefloor!



Comment vois-tu l’évolution de cet underground Early-Reggae au cours de ces dernières années, tant au niveau de la scène que du marché du collectionneur?


Je ne sais pas, mais je crois qu'on a passé l'âge d'or d'une scène Early-Skinhead-Reggae en France, alors qu'aujourd'hui, elle semble être vivante en Allemagne, Espagne, Italie, nous aurions raté le coche. Comme je viens de te le dire cette scène, en France, semble être récupérée par des idéologies politiques du passés qui n'ont rien avoir avec le Reggae.

A la fin des années 80 et jusqu'au milieu des années 90, il y avait une scène plus active et indépendante, pourtant on avait pas internet.

Pour le marché, n'étant pas économiste, je ne pourrai pas te répondre sur les fluctuations de LPs et des singles. On a l'avantage d'avoir un €uro fort pour acheter au Canada, en Jamaïque et aux USA, mais ce n'est pas bon pour les exportations, tiens les vendeurs anglais devraient se poser la question.



kingreg bababoume-Bay a-t-il selon toi introduit une surenchère dans l’achat de disques?


Non, au contraire il a apporté plus d'offre, de facilité et de clarté. Lorsqu'on commandait sur liste, on avait aucun suivi, on faisait notre offre par écrit, alors quand c'était des "prix fixes" ça allait, le plus rapide l'emportait. Mais pour les "auctions" et "offers" (sans prix de départ) on ne pouvait pas savoir à combien s'élevait la meilleure offre.

Avec e-Bay on peut suivre et mesurer ses enchères. Après, il faut savoir gérer son budget et se fixer des limites pour ne pas se retrouver dans des situations financières difficiles

(ça c'est un conseil, et pas des moindres!!! ndlr).



Est-il ou pas un bon outil quand il s’agit de trouver la perle rare tant recherchée?


On peut le penser, parce qu'il semble être le plus utilisé par les vendeurs à travers le monde. Il faut faire preuve de patience lorsqu'on se fixe sur un disque en particulier. Mais, il n'y a pas que "la perle rare tant recherchée" mais toutes celles qu'on ne connaissait pas encore et que l'on découvre grâce aux samplers.



En ce qui concerne les mouvements qui tournent autour du Reggae, j’imagine qu’il y en a un avec lequel tu te sens le plus d’affinités. A-t-il été un vecteur ou un complément de ton intérêt pour la musique jamaïquaine, ou rien de tout cela?


Ce n'est pas le rastafarisme, n'étant pas d'origine africaine, même si je le comprends je ne peux pas me sentir concerné sur le retour en Afrique, et cela pourrait être mal perçu par ses habitants. Pour tout passionné du Reggae, il est important de le connaître.

Bon, j'ai été Skinhead ou Hard Mod. J'ai traîné avec pas mal de Mods, ces derniers m'ont communiqué leur culture, je me sens plus près de ces derniers que des skins "oi !" ou des punks. Je suis venu au trip par la musique et j'ai trouvé des amis avec qui je partage la même passion pour la musique depuis vingt ans.



La population rencontrée au cours de tes soirées un peu partout, ce sont essentiellement des skins, des Mods? Selon toi, les premiers s’approprient-ils, à tort ou à travers, cette musique, et y’a-t-il, oui ou non, quelque chose qui le justifie?


kingreg bababoumC'est surtout des gens qui n'ont rien avoir, il n'y pas que les skins et les Mods qui s'intéressent aux sons oldies jamaïcains aujourd'hui. Il y a quinze ans, c'était davantage des skins.

Il y a des Mods parce qu'ils font parti de mon entourage proche et je ne joue pas uniquement dans des soirées 100% jamaïcaine, mais dans des soirées Mods avec des DJ's British Beat et Soul.

Pour répondre à ta question, je pense qu'en effet il y a, aujourd'hui, des skins qui s'approprient cette musique alors qu'ils ne paraissent peu ou pas y être attachés. Après, il ne faut pas généraliser, il y a encore des skins qui aiment vraiment le Reggae. Maintenant, je ne m'implique pas dans l'organisation de soirée pour tel ou tel public, mais pour ceux et celles qui aiment la musique que nous passons. Je suis satisfait lorsque je vois des gens différents sur le dancefloor: des jeunes, des vieux, des Blancs, des Noirs, des garçons et des filles et tous ont l'air de passer un bon moment.



Avec Bababoom, tu offres la possibilité aux amoureux de son JA et de disques vinyle d’échanger des connaissances sur le sujet. Quels sont les conseils que tu donnes pour l’achat ou la recherche d’un vinyl? Quelles sont les informations essentielles que ces derniers comportent pour en établir l’identité, et quelle est leur importance (producteur, label, matrice…)?


C'est un peu particulier de donner un conseil pour un achat de disque. A part comparer et profiter d'un €uro fort, je ne me permettrais pas de guider un choix. Le label est lié au producteur, on peut observer une "signature". Dans le Reggae, il y a eu des producteurs qui ont innové et d'autres qui ont suivi. En fait il y a peu de différence entre une production Harriott ou Perry par exemple, sachant que se sont les mêmes musiciens qui enregistrent pour eux. La matrice est l'identité ou le code génétique du disque. On y retrouve le studio (Dyna), le producteur (BL pour Bunny Lee) et un numéro qui correspond à la chanson. Des singles sont sortis en Jamaïque uniquement en blank, ce sont généralement des disques de promotion qui n'étaient pas destinés à la vente, ce n'est pas évident de savoir ce que c'est quand on a pas la clef pour décoder la matrice. Pour y remédier, il existe des guides, des listings où sont répertoriés ces fameuses matrices. Ces sans aucun doute l'outil indispensable aux collectionneurs.



Tu nous ferais un top 10 de tes tunes préférés en matière de Reggae? Serait-il le même qu’un top 10 des raretés dont tu es l’heureux possesseur?


10 seulement, ça ne suffirait pas: ce serait plutôt un top 100, surtout que j'essaie de changer ma sélection à chaque soirée. Bon, on va prendre 10 tunes, puis tu me demandes en "matière de Reggae", donc j'exclue le Ska et le Rocksteady

(tu joues avec les mots! ndlr). C'est un mix entre mes dernières acquisitions et quelques incontournables:

- Don't Make Me Over par Dobby DOBSON (Success JA, 1970 prod par Rupie EDWARDS)
- Darling If You Love Me par Tony SCOTT (Escort UK, 1969, prod. HARRY J)
- Warfare par COUNT MACHUKIE (Blank Randy JA, 1969, prod. par Vincent CHIN)
- Last Laugh (The Time) par Eric "Monty" MORRIS (Blank Mercury JA, 1969, prod. Lloyd DALEY)
- Joe Gibbs Mood par Ansell COLLINS (Joe Gibbs JA, 1969, prod. par Joel GIBSON)
- Revenge of Clint Eastwood par RUPIE EDWARDS ALLSTARS (Blank Success, JA, 1970, prod. par Rupie EDWARDS)
- Keep It Moving par Ewan McDERMOTT (Blank Jolly, JA, 1969, prod. par Ewan McDERMOTT)
- Big Boss par Johnny MOORE (Blank Matador JA, 1969, prod. Lloyd DALEY)
- Confidential par Joe NOLAN (Jolly UK, 1969, prod. par Joe NOLAN)
- Cool Down par Winston HINES (Camel UK, 1969, prod. par HARRY J)



Un label ou un producteur que tu mets un niveau en dessus de tous les autres? Pourquoi? Le style de Reggae qui te fait le plus d’effet?


Je n'en mets aucun au-dessus des autres. Je ne me focalise pas sur un en particulier. En fait, je porte plus d'intêret à la chanson. La production est importante, mais comme je te l'ai dit je ne suis pas le collectionneur qui veut tout posséder, mon choix c'est le morceau qui me fait vibrer et qui me donne envie de partager ces vibrations en le diffusant dans une soirée.



N’as-tu jamais écrit de fanzine ou tout simplement chroniqué pour l’un ou l’autre, voire un magazine à grand tirage? Si non, pourquoi? Et l’écriture d’un bouquin sur la chose?


J'ai participé à trois fanzines: TOWN (The Originals Wickedest News) de 1989 ou 90 à 91-92. A Red Stripe for Miss Jamaica qui a du commencer en 1992 jusqu'en 1993 ou 94 et BOSS de 1998 à 1999. Je crois qu'on a réalisé trois ou quatre titres de chaque.

Je n'ai jamais pensé ou eu envie d'écrire un livre, d'autres l'ont fait et ont bien réussi l'exercice. Tu sais, j'ai surtout envie de faire vivre cette musique qui me passionne par le biais des sound-systems.

Il faut des écrivains-archivistes, des selecters, des artistes qui continuent de porter le flambeau et certains réussissent d'être tout ça à la fois. Après qui sait, si j'arrive jusqu'à la retraite je serai peut-être l'auteur d'un livre ou le réalisateur d'un film sur le Ska et le Reggae.



Quelle est ta vision de l’édition française sur la question, tant au niveau des livres, que des magasines ou des fanzines?


kingreg bababoumC'est une musique qui semble être considérée comme marginale et mineure par la presse musicale, les titres de la presse Reggae ont beaucoup de mal à être reconnus. Cela peut être aussi dû au peu d'ouverture d'esprit des français qui assimilent le Reggae à la fumette. Mais heureusement, il y a de véritables passionnés du Reggae qui font partager leur passion aux travers d'articles ou d'ouvrages dans lesquels on apprend beaucoup.

Concernant c'est un peu en rapport avec ta question sur "l'underground Early-Reggae", je crois qu'il y ait moins de fanzines en France que dans les années 80-90, comme si la "scène" ou le mouvement n'étaient plus depuis. Il y avait Liquidator, Trumpet of Zion, Skactualité, Nutcase et d'autres qui maîtrisaient les sujets avec excellence. Aujourd'hui c'est peut-être le web qui a repris le relais.



La rencontre directe avec les artistes ou les producteurs ne t’a-t-elle jamais attirée, dans la mesure où ce sont quand même eux qui sont à l’origine de ce que tu collectionnes?


Peut-être à une époque, plus jeune. Nous avions eu la chance de rencontrer Laurel AITKEN en 1989. Il était venu chanter à Marne-La-Vallée où j'habitais. Nous l'avions interviewé pour TOWN. Puis JUDGE DREAD dans d'autres circonstances, bien que je ne sois pas un admirateur de ce dernier artistiquement.

J'ai eu l'occasion de voir beaucoup d'artistes en concert: Desmond DEKKER, Derrick MORGAN, Roy SHIRLEY, les SKATALITES (avec McCOOK et ALPHONSO), Alton et Hortense ELLIS, Owen GRAY, Lee PERRY, Ken BOOTHE, Johnny MOORE, Eric DONALDSON, Leonard DILLON, Rico, Ernest RANGLIN, Justin HINDS, Stranger COLE et d'autres. Je suis heureux de les avoir vu se produire sur scène, mais je n'ai pas de sentiment de manque ou de frustration de ne pas avoir eu d'entretien avec eux, après je n'ai pas essayé. Je suis intéressé essentiellement par leur travail d'artistes et j'aime bien avoir un certain détachement. En fait, je me satisfait de les avoir vu chanter, c'est tout.



En dehors du Reggae, y’a-t-il d’autres sons que tu aimes écouter, voire collectionnes?


Je n'achète et ne passe que du Ska, du Rocksteady et du Reggae. Mais je suis membre de l'association 7 of Clubs avec des DJ’s de Soul, Jazz, Boogaloo et British-Beat. Et avec ces derniers nous faisons des soirées dans lesquelles nous mélangeons nos sons. J'apprécie donc toutes ces musiques qui sont en quelque sorte issues du même berceau et de la même époque. Jusqu'en 1995, j'achetais aussi de la Soul, du R&B et du Jazz. Puis, j'ai mis la main sur un lot de JA oldies c'est à ce moment que je me suis concentré uniquement sur la musique jamaïcaine et j'ai revendu et donné ce que j'avais en Soul et autres.

Je crois que c'est essentiel d'écouter d'autres musiques, elles peuvent permettre de mieux comprendre celles qui ont nos préférences.



L’intérêt pour la musique jamaïquaine recouvre-t-il d’autres aspects pour toi? Lecture, voyage, films ou docus? D’ailleurs, parmi ces derniers, quel est ton préféré?


Bien entendu, que je suis intéressé par tout ce qui se rapporte à la musique que je collectionne. Je ne manque pas d'acheter les ouvrages s'y référant qui sont utiles pour comprendre et parfaire mes connaissances.

Quant aux voyages, aller en Jamaïque ne fait pas parti de mes priorités. Je crois que je serai un peu déçu, on ne peut pas dire que la musique que j'apprécie soit encore au goût du jour là-bas. Mes documentaires préférés sont le festival Reggae de Wembley en 1970 et surtout The Story Of Jamaican Music. Ce dernier est un document de la BBC très bien réalisé retraçant l'histoire de la musique jamaïcaine de l'indépendance à nos jours, mélangeant images d'archives et témoignages. Ce qui m'a plu dans ce dernier c'est son objectivité, c'est la version audiovisuelle de Bass Culture.



Quelque chose à ajouter?


kingreg bababoumJe te remercie et je salue ton investissement. J'espère que d'autres vont découvrir et se passionner pour le Ska 60s et le Rocksteady et se retrouver sur le dancefloor!



Merci pour tout, et longue vie à Bababoom!


Crédits photos & pochettes 45T: Kingreg/Bababoom.

SH-Mai 2008.

MAJ 2010 : le site et forum Bababoom n'est plus en ligne depuis fin avril 2009.



Evaluez cet article!

4/5 pour 4 votes,

depuis le 24/01/09.