Ecrire sur la Northern Soul s'avère un exercice assez périlleux, tant les sources sur le sujet sont éparses et, en général, fort spécialisées. Et pour cause, ce n'est pas à proprement parler un genre musical créé entant que tel et suivi par des artistes. Ce n'est pas non plus un style à part entière auquel un mouvement quelconque a été de fait rattaché. La Northern Soul est multiple et pour le coup bien spécifique. Voici un essai pour poser quelques repères...

Allnighters! This is... Northern Soul!

Gotta find a way...

Par bien des aspects, la fin de la décennie 1960 constitue un virage notable. S'il est impossible et hors de propos de le développer ici, il reste intéressant de le souligner pour établir le cadre de "naissance" d'un genre nouveau, ou plutôt d'une notion nouvelle, plus que jamais anglaise et qui, dans le miscrocosme des fans de Soul Music d'alors, s'est traduite par une certaine nostalgie: celle d'un son authentique qui, durant les années fraîchement écoulées, a si bien collé à l'euphorie générale.


La mutation stylistique amorcée par un label de Soul aussi connu et influant que Motown constitue une première cause. Le son sorti des studios de Détroit est, à partir de 1967-1968, de plus en plus léché, sophistiqué et arrangé; le tempo imprimé à la musique est lui aussi marqué par cette évolution, les mélodies venant se substituer à l'énergie jusque là dégagée par la musique de Motor City. Dans la logique commerciale de Hitsville, en place depuis bon nombre d'années, c'était se rapprocher du public blanc. Pourtant, l'autre géant de la Soul n'est pas en reste. Le studio de Memphis, Stax, suit la même voie artistique, bien que sensiblement plus tard et avec des recettes et objectifs fort différents, et ce à travers les succès, entant qu'artiste et producteur, d'Isaac Hayes. La Funk, quand à elle, avec ses contre-temps fortement assortis d'arrangements cuivrés, est en pleine explosion, mais les revendications dont elle se fait assez ouvertement l'écho pour l'époque, tout comme sa relative nouveauté, ne lui assurent pas un auditoire habitué et fidèle au style qui a fait le succès de la Soul Outre-Manche.


Let's copp a groove!

Northern SoulDès lors, assouvir cette soif de danse sur une bande son correspondant aux premiers canons du genre devenait la priorité de ceux qui avaient pour tâche d'animer les dites soirées: les DJ's. En résulte une chasse aux trésors qui n'est pas sans rappeler les habitudes de Coxsone et autres producteurs jamaïquains plus d'une dizaine d'années avant dans les Caraïbes, habitudes qui, précédant et accompagnant les balbutiements d'une production musicale autochtone, avaient pour unique but de fournir les sound-systems locaux en rythmes R&B de premier choix et introuvables sur l'île.


Mais, et bien que les méthodes se répètent à travers les années et au delà des frontières et genres, revenons en UK... Le single jamais entendu devient donc la perle recherchée par les collectionneurs, qui finissent la plupart du temps comme animateurs des soirées, derrière les platines. Plus qu'une oreille, et comme le souligne le collectionneur et DJ de la première heure Nick Marshall, c'est donc aussi une véritable connaissance des endroits où se procurer les disques jamais sortis de l'ombre qui fait la différence, certains n'hésitant pas à investir dans un périple à travers les Etats-Unis dans le seul et unique but de ramener ce que personne n'a. Car c'est bien une spécificité de ce qui fut baptisé "Northern Soul" en 1968: plutôt que des nouveautés, ce sont des morceaux perdus sous la poussière et le manque de promotion qui font l'objet de cette chasse. La production musicale US fut plétorique durant les années 1960, et faire face à la visibilité de labels au succès aussi criant que Motown, Stax ou Okeh n'était pas à la portée du premier producteur venu. De ce fait, c'est plus par manque de promotion initiale que de qualité que des centaines de morceaux uptempo aux parties vocales endiablées pouvaient avoir une deuxième vie. Et ce, encore une fois, grâce au travail, en aval, de ces passionnés de la Soul de la première heure qu'étaient ces collectionneurs.


Northern SoulOn a là la genèse du qualificatif "Northern Soul". Si ce dernier n'est proposé au grand public qu'à partir de 1970, à travers un article de Dave Godin paru à l'époque dans le magasine Blues & Soul, lequel semble faire suite à son passage au Twisted Wheel Club à Manchester, il est né deux ans auparavant dans sa boutique de disques londonienne, Soul City, à Covent Garden. En 2002, à l'occasion d'une interview pour Mojo, Godin est revenu sur les circonstances de cette invention: dans un premier temps, il aurait commencé par se rendre compte que les fans de football du Nord de l'Angleterre en transit à Londres et de passage dans son magasin n'avaient pas l'air intéressés par les évolutions de la musique noire-américaine d'alors, cheminement qu'il dit, avec le recul, allant vers la Funk. Or, les conclusions qu'il tire de son observation de la dite frange de clients, qui semblaient constamment à la recherche de cette Soul Music au succès passé et en voie d'extinction, très proche des standards Motown de la mid-60's, l'amènent à proposer à son équipe de disquaires la création d'une nouvelle section dans les bacs à disques, laquelle serait baptisée "Northern Soul"; une référence purement marchande qui consistait à dire aux vendeurs de diriger les clients venus du Nord de l'Angleterre vers ladite section, plutôt que de leur passer, à perte, les dernières créations noire-américaines: il était juste question de leur proposer ce qu'ils aimaient et recherchaient: de la Northern Soul.


Northern SoulLes contours d'une première définition étaient donc posés. Mais si la réalité des dancefloors de l'époque était bel et bien contenue dans ce néologisme, les années 1970 devaient apporter des évolutions, quand ce n'étaient pas des révolutions, à ce que Dave Godin considérait avant tout et exclusivement comme une musique américaine, celle de sa communauté noire. Et, une fois mis en évidence ces premiers repères, c'est aux lieux de diffusion, là où le public décide du succès ou pas d'un titre, qu'il faut s'intéresser, quitte à faire du phénomène lié à la Northern Soul un ancêtre et précurseur du Clubbing, état déjà effleuré ici avec la mise en perspective des DJ's: le fait est qu'ils en sont indissociables.


Jumping at the Go-Go

Le Twisted Wheel semble être unanimement reconnu comme le précurseur en matière d'évènements Northern Soul. Ce club de Manchester a ouvert ses portes en 1963, d'abord à Brazenose Street, déménageant ensuite -1965- à Withworth Street, dans les locaux d'une ancienne quincaillerie, avec les frères Jack, Ivor et Phillip Abadi à sa tête. L'idée de base était d'en faire un dance-club dédié aux performances live d'artistes R&B, ce qui devait en faire très rapidement l'un des lieux de villégiature préféré des Mods. Et pour cause! La liste des artistes qui s'y produisirent compte, entre autres célébrités américaines, Ben E. King, Jimmy Ruffin, Bo Didley, Edwin Starr, Junior Walker, Arthur Conley, Joe Tex, The Shirelles, Ike & Tina Turner... :Northern Soul tout à fait édifiant et non-exhaustif, sans compter que le Twisted Wheel servit aussi d'antre aux Beatles, Rolling Stones et autres représentants du beat anglais... Le premier DJ résident y fut Roger Eagle, probablement l'un des pionniers quant à l'habitude d'importer ses disques directement des USA, ce qui rendait les sessions du Twisted Wheel exclusives. De ce fait, clients et tenanciers avaient pour coutume de qualifier les sons qui rythmaient tous leurs samedis soirs de 23H à 7H30 le dimanche matin, de New Wave Rhythm & Blues et autres Rythm & Soul au milieu desquels du Ska apparaissait parfois. A partir de 1969, le DJ Brian "Do The 45" Philips imposait ses propres imports avec des titres comme Do The 45 des Sharpees ou Queen Of The Go Go de Rex Garvin, et une sorte de compétition s'installe entre les DJ's résidents: Carl Dene, Phil Saxe, Paul Davis, Les Cockell. C'est à la même époque que les DJ's prennent l'habitude de masquer les titres de leurs disques - Rob Bellars les commandait carrément aveugles-, tandis que les occupants du dancefloor se lancent dans des figures toutes plus acrobatiques et originales les unes que les autres -back-drops, spinning, sauts avec appuis sur les murs-, demandant pour le moins souplesse et robustesse, le tout dans un décor sobre fait de voutes en brique rouge et de vieilles roues.


Début 1971, le Twisted Wheel, qui devait compter jusqu'à 15 000 membres (système en place dès 1964) alors même que 500 personnes gavaient littéralement ses salles, peut-être victime de son succès, doit fermer ses portes; les autorités viennent de dépoussiérer une loi sur l'ouverture des établissements de nuit, mais il est aussi fort probable que la forte consommation d'amphétamines lors de ces soirées non alcoolisées -le bar ne servait que des sodas et café, tandis que le snack avait pour spécialité une alimentation bien anglaise, tous deux se trouvant au rez de chaussée, les différentes salles et pistes de danse étant en sous sol- les aient amenées à sévir plus durement. Mais les bases du phénomène Northern Soul étaient lancées et devaient perdurer, laissant des titres comme At The Discotheque de Chubby Checker, You’ve Been Cheating des Impressions, ou encore Barefootin’ de Robert Parker, aussi bien associés à l'endroit qu'à l'époque...


Keepin' the faith

Northern SoulProfitant des circonstances, c'est le Golden Torch, situé à Tunstall, Stoke-On-Trent, 86 Kms plus au Sud, qui devait reprendre le flambeau. Installé dans un bâtiment construit en 1823, ce club succédait à un cinéma, The Regent, qui avait lui même occupé les locaux d'une piste de rollers, alors même que la première fonction des lieux fut une église: de quoi donner à l'endroit des aspects de sanctuaire pour ce qu'il allait devenir au début des années 1970. L'idée de départ de Chris Burton lorsqu'il acquérit les locaux en 1965, était de profiter de la position idéale de Stoke dans son aire géographique pour installer là un night-club dans lequel des groupes pourraient se produire; attirer une clientèle Mod devait être l'une des ses motivations aussi, et, très tôt, des formations du cru anglais, telles les Kinks, Spencer Davis Group, Billy J Kramer ou Amen Corner, faisaient leur apparition au Golden Torch. En 1967, la venue et la performance de Inez & Charlie Foxx décidaient le propriétaire des lieux à donner la priorité à la Soul Music dans sa programmation. Pourtant, et bien qu'étant l'objet d'un respect certain dans les environs de la ville, les DJ's résidents au Golden Torch jusqu'en 1969, "Barmy" Barry et Peter Stringfellow, n'allèrent pas au-delà de sessions de base où les hits Motown & Stax étaient sensés truster le dancefloor. L'arrivée de Keith Minshull changea quelque peu la donne.


Northern SoulDans un premier temps, Minshull suggéra à Chris Burton l'organisation de soirées Soul le vendredi soir, requête à laquelle son boss accéda. L'essai fut un succès retentissant: la salle était comble, et les présents avaient l'air de passer un bon moment, et ce bien que l'évènement n'ait pas nécessité plus de préparation qu'à l'habitude. La formule était donc conservée et, très vite, Keith Minshull s'associait au sein des Kingspinners avec son frère Colin Curtis, honorant le dancefloor de plus en plus de sons importés en exclusivité des Etats-Unis. Puis, une collaboration avec le collectionneur français Simon Soussan leur donna l'occasion d'innonder plus encore la salle de raretés. Alan Day et Martin Ellis rejoignirent ensuite les Kingspinners, à peu près à l'époque où le Twisted Wheel était invité à fermer définitivement ses portes. A partir de là, Minshull, pas à court d'idées, suggéra des samedis allnighters: c'était le début de la légende.


Northern SoulEn juillet 1972 était donc lancé le premier saturday'allnighter du Torch, de 20H à 8H le lendemain matin. L'expérience devait durer 18 mois, période durant laquelle le Golden Torch devint l'épicentre du phénomène Northern Soul en UK. Sans concurrence notable, il devint le lieu de rendez-vous de tous les allnighters du pays -jusqu'à 1300 pour une salle prévue pour en contenir 680-, parmi lesquels les danseurs les plus remarquables étaient affublés de pseudos connus de tous -Tombo, Sparky, Nogger, Millie, Matchy, Booper (déjà au dessus du lot au Twisted Wheel), Snowy, Kimbo...-, tout comme celui de DJ's de renom tel que Ian Levine, Dave Evison et Tony Jebb. De nombreuses formations américaines vinrent aussi profiter de l'excellente accoustique des lieux: Drifters, Stylistics, Chi-Lites, Edwin Starr, Fontella Bass, Ben E. King, Junior Walker, J.J. Barnes, The Elgins... Major Lance y enregistra en décembre 1972 son Live At The Torch, sorte de consécration pour le night-club. Et c'est sans compter le grand nombre de titres qui furent offerts en primauté aux fans: Sliced Tomatoes des Just Brothers, Our Love Is In The Pocket de J.J. Barnes, Quick Change Artist des Soul Tins ou encore One In A Million de Maxine Brown... Pour décrire et rendre hommage à l'ensemble, Mary Fox, présentatrice de l'émission BBC Radio Stoke's Soul-Music Show, n'y va pas par quatre chemins: pour elle, le Torch est la chapelle Sixtine de cette foi particulière qu'est la Northern Soul, le Major Lance Live At The Torch est sa peinture de Michel-Ange, tandis que Dave Evison et Keith Minshull en sont les évêques...


Northern SoulMais toutes les bonnes choses semblent devoir avoir un fin... Comme à Manchester deux années auparavant, la consommation effrénée d'amphétamines et d'autres produits est montrée du doigt. De plus, le Torch est situé dans un quartier résidentiel, et les plaintes se multiplient donc rapidement. Et c'est au moment de faire renouveller sa licence que Chris Burton essuie un refus, le 16 mars 1973: c'est la fin du Torch.


Nothing can stop me!

Northern SoulA cette même époque, un autre dance-club creuse son trou dans cet univers restreint: c'est le Blackpool Mecca, situé à 85 kms au Nord de Manchester, et plus précisément l'une de ses salles, connue sous le nom de Highlands Room. Le Mecca est en fait un genre de complexe de loisirs dont on trouve plusieurs exemples à l'époque en Angleterre. Ouvert à Blackpool depuis 1965 dans un ancien ballroom, l'endroit, qui peut contenir un peu plus de 350 personnes, périclite rapidement; il ne doit en fait son salut qu'au programme mis en place du côté de la Highland Room qui, dès 1971, est exclusivement dirigé vers la Rare & Northern Soul. Les principaux acteurs de cette nouvelle orientation ont déjà été évoqués, ce qui ne fera pas pour autant des lieux le garant d'une tradition dont les contours ont été dessinés au Twisted Wheel. Bien au contraire: le Mecca a été le théâtre de plusieurs hérésies...


Les Soul sessions du Blackpool Mecca ont débuté avec un DJ local, Tony Jebb, d'abord focalisé sur les classiques nord américains, avant d'être initié aux raretés par l'arrivée à ses côtés d'un ancien du Twisted Wheel, qui a alors fermé ses portes, Les Cockell. Ce dernier amène donc dans ses bagages ses disques, son savoir faire en matière de découvertes, mais aussi une connaissance en la personne de Ian Levine. Très vite, Cockell et Levine s'approprient les platines des lieux, tandis que Jebb part pour le Torch. On commence à voir le jeu des connaissances et relations dans ce microcosme où peu de noms sortent du lot, créant presque à eux seuls leNorthern Soul succès du phénomène Northern Soul. Les conditions n'étaient pas nombreuses, mais, une fois le problème du lieu de production réglé, encore fallait-il avoir un minimum de passion et de moyens pour essayer d'imposer ce savoir faire. En la matière, Ian Levine semble être un privilégié. Fils d'un homme d'affaires local, il a profité des nombreux voyages de son père aux USA pour se constituer une collection de disques hors du commun, triée sur le volet et montée sur place, à une époque où les allers/retours transatlantiques n'étaient pas à la portée de tous. Ce détail devait être à l'origine du succès rencontré à la fois par le DJ et le Mecca: vu l'extrême rareté des morceaux qui y étaient proposés, un grand nombre de fans se pressèrent très vite à ses portes. Cette exclusivité vallut aussi à Levine un passage au Torch, précisément la première nuit où Major Lance devait s'y produire, passage qui devait le conduire à la résidence en ces lieux pendant que Colin Curtis et Keith Minshull suivaient le chemin inverse. A la fermeture du Torch, Levine devait regagner sa place au Mecca où, dès lors, il forma une équipe à succès avec son homologue Colin Curtis. C'est cette même année que le Wigan Casino ouvrait ses portes, offrant au dance-club de Blackpool une concurrence de poids qui, avec le temps et les évolutions amorcées par Curtis & Levine, allait se muer en une sorte de complémentarité.


En effet, initialement, le Mecca patissait de l'absence d'une licence pour rester ouvert la nuit. De ce fait, l'organisation de all-nighters était impossible: ce furent donc des alldayers qui y eurent lieu, tous les samedis de midi à minuit. Evidemment, ce fait ne garantissait pas au Mecca le public et l'ambiance qui fesaient les allnighters, mais la formule fonctionna suffisemment pour permettre Northern Soulà la Highland Room de proposer ses sessions jusqu'en 1979. De plus, et si l'on prend en compte les 65 kms qui séparent Blackpool de Wigan, il est facile d'imaginer que ces horaires particuliers faisaient le bonheur des fans. Par ailleurs, le Mecca et ses DJ's introduisirent de nouvelles pratiques et de nouveaux sons dans leurs sessions. A ce titre, Curtis et Levine peuvent être considérés comme progressistes et assez libéraux, capables de ballayer d'un revers de main les règles jusque là établies pour faire face à la concurrence, ou plus simplement, laisser libre cours à leurs propres goûts. Ainsi, et au grand damn de tous, Levine commit le crime de lancer un titre inconnu, It Really Hurts Me Girl par les Carstairs, lequel s'avérait être une nouveauté! Au milieu des années 1970, l'acte fut considéré comme une véritable hérésie aux valeurs de la Northern Soul. Mais Levine ne faisait que se délivrer d'un carcan qui muselait ses prétentions et ses moyens: il alla jusqu'à engager des groupes -Exciters, Barbara Pennington, Evelyn Thomas, L.J. Johnson...- et les faire entrer en studio pour pouvoir proposer ses propres productions au dancefloor -sorties dans le même temps sur son label, Tomorrow. Il s'offrait de la sorte un petit crossover fleurtant avec le Disco découvert au fil de ses séjours new-yorkais, alors que son compère Colin Curtis avait quant à lui commencé à proposer pas mal de rythmes très funky aux habitués du Mecca, Roy Ayers et George Benson étant les chefs de file de sa collection.


Northern SoulDans le même temps, les locaux de Blackpool eurent le privilège d'accueillir en direct live des artistes tels que les Chi-Lites, Edwin Starr, The Miracles ou encore Isaac Hayes, ce dernier confirmant à lui seul la nouvelle orientation prise par nos deux DJ's, plus en accord avec son époque: les 70's. Mais alors que les Soul Self Satisfaction d'Earl Jackson, Seven Day Lover de James Fountain, House For Sale de Millie Jackson et autres Hung Up On Your Love des Montclairs devaient être les floorshakers par excellence du Mecca, bien des titres proposés -Boogie With Your Baby de Willi J & Co, Cut Your Motor Off de Black Nasty et bien d'autres...- conduisirent la programmation vers des sessions Jazz-Funk, qui si elles préfiguraient tout en accompagnant une scène Soul du même accabit à Londres et dans le Sud-Est du Pays, provoquèrent dès 1979 le déclin des lieux dans le monde de la Northern Soul, et sa fermeture définitive en 1981.


In the long run

Northern SoulLe night-club qui devait devenir le Heart of Soul pour beaucoup, le Wigan Casino, ouvrit pour la première fois ses portes le 23 septembre 1973, devant un peu plus de 650 personnes, avec le Put Your Loving Arms Around Me des Sherrys. Ce sont Russ Wistanley, DJ à ses heures, et Mike Walker, manager des lieux, qui porposèrent au propriétaire de l'ancien Empress Hall, ballroom construit après la Première Guerre Mondiale, de tenter des Soul allnighters dans ses locaux. Après avoir essuyé quelques refus, ils obtinrent gain de cause lorsque les premiers essais se transformèrent en succès, tant au niveau de l'affluence et de l'ambiance qu'à celui des finances. Tout semblait parfait dans les lieux pour créer un véritable temple à la Soul Music: la capacité de la salle principale se portait à 1200 personnes qui avaient accès à un dancefloor en parquet, autorisant bien des figures des plus nouvelles et originales. Cette salle était surplombée, sur trois de ses côtés, par des balcons plutôt bas en hauteur, eux aussi ouverts au public, le dernier côté étant occupé par une scène. L'accoustique du Casino était excellente et l'ensemble promettait donc un avenir radieux à l'endroit affublé; d'un décor victorien. Il fallait rajouter à cette salle principale une plus petite, baptisée Mr M's, où 800 personnes pouvaient s'essayer sur les classiques Northern Soul, dans une configuration identique à la précédente. Ce qui devait devenir le haut lieu de la Northern Soul fut désigné par le magasine Billboard comme la meilleure discothèque du monde en 1978, devant le mythique club new-yorkais, Studio 54. Les puristes ricanèrent, lançant à tout va que le Wigan passait de la Soul et non de la Disco, mais l'évolution du club de 1973 à sa fermeture en 1981 devait, d'une certaine manière, donner raison aux journalistes du magasine US...


Northern SoulLes premiers résidents du Wigan Casino furent Russ Wistanley et Ian Fishwick qui, comme la plupart de leurs homologues, avaient des contacts aux Etats-Unis qui les fournissaient en matière première. En l'occurence, il s'agissait ici, en partie, de l'oncle de Wistanley. Les sessions acquérirent rapidement du succès, d'autant plus que la concurrence était inexistante dans la mesure où le Torch avait fermé, alors même que le Mecca ne pouvait donner dans le allnignhter: ce n'était pas le cas à Wigan puisque les soirées commençaient à 2H, après la session normale (!), pour se terminer à 8H... dans un premier temps. Très vite en effet, pour faire face à l'affluence, de nouveaux DJ's rejoignirent les platines, et Kev Roberts, alors âgé de 16 ans, Martyn Ellis et Richard Searling entrent à leur tour dans l'histoire de la principale salle du Casino, quand Colin Curtis, John Vincent, Frank, Dave Evison, Keith Minshull, Soul Sam, Pat Brady ou Brian Rae, tous DJ's reconnus, ne sont pas de la partie. Les horaires sont de la même manière élargis: les soirées commencent à 00H30 et se terminent le dimanche à 10H. Dès 1975, le Wigan Casino compte déjà plus de 100 000 membres et doit interrompre momentanément les abonnements. Pour faire face, encore une fois, à la demande, de nouveaux rendez-vous sont créés: dès 1976, la salle Mr M's propose des oldies'allnighters tous les premiers vendredi du mois, tandis que des soirées normales -jusqu'à 2H00- occupent les lundi, mercredi et vendredi soir avec un club spécial pour les moins de 18 ans; des alldayers sont enfin organisés les jours fériés. Si Jackie Wilson, les Marvelettes, Gloria Northern SoulJones, Billy Butler, Martha Reeves, Archie Bell & The Drells et Edwin Starr constituent la crème des artistes Soul qui se produisirent au Casino, ce dernier lança aussi des artistes tels que Eddy Hunt et Betty Wright, avant d'ouvrir également ses portes à des artistes Punk certains jeudi, et Rock certains samedi. La grosse machine était en marche et n'était pas prête de s'arrêter quand Brian RIGBY et Alan Cain, puis Kenny Spence, Steve Wittle, Dave Evison, Brian Rae, Stuart Brackenridge ou Derek Gallagher mettaient le feu du côté du Mr M's à partir des classiques qui avaient jadis fait leurs preuves au Twisted Wheel et au Torch, entre 3H et 7H du matin.


Le Wigan Casino avait donc établi un certain nombre de formules qui poussaient la concurrence entre DJ's à son paroxysme. On ne se contentait plus de commander des disques aveugles ou de cacher la rondelle centrale, on inventait carrément des noms d'artistes et des titres, quitte à perdre les vrais appellations des disques. Ces pratiques assuraient à celui qui détenait l'exemplaire rare ou unique d'un morceau à succès, d'en être le seul possesseurNorthern Soul autant de temps qu'il garderait les références de son trésor au secret. De ce fait, l'auditeur entêté par ce son, ou celui tout simplement curieux de connaître cette chanson qu'on n'entendait nulle part ailleurs, étaient tout simplement obligés de se rendre au Casino et d'attendre le passage dudit DJ. L'une des particularités des lieux se trouvait dans le tempo des morceaux proposés: rarement moins de 100 BPM, c'était le minimum syndical pour assurer l'activité constante du dancefloor, de plus en plus réputé pour sa fougue, mais aussi, son intransigeance. De ce fait, lorsqu'un titre ne plaisait pas au public, le DJ en était clairement averti en voyant le sol qui grouillait de danseurs tous plus fous les uns que les autres laisser place à un parterre de bois luisant sous les deux néons à ultra-violets... A contrario, un titre qui faisait l'unanimité se voyait gratifié d'un unique battement de main général, à l'unissons, tel un coup de canon vrombrissant dans la salle: c'était le hit, et il n'était pas rare dans ces occasions, que le DJ soit l'objet d'applaudisssements fournis à la fin dudit titre... D'un côté la hantise, de l'autre l'apothéose!


Mais comme les raretés ne sont elles-même pas des ressources inépuisables... Les DJ's durent avoir recours à des disques d'artistes blancs chantant dans une veine Soul, tels Dean Parish, Bobby Paris, Chris Clarke ou Doni Burdick, entrant par là-même en confrontation avec les idées d'un certain nombre de puristes, et même avec la définition de la Northern Soul établie une décennie plus tôt par Dave Godin. Pour pallier à la pénurie d'exclusivités, on s'employa aussi à maquiller des morceaux Northern Soul instrumentaux de Reggae, tels ceux du band jamaïcain The Chosen Few, pour en faire des floorshakers comme le Footsee attribué au Wigan's Chosen Few, qui atteint tout de même la 9° place du Top 50 après une apparition dans l'émission télévisée Top Of The Pops. Et bien d'autres morceaux issus d'autres genres musicaux bénéficièrent de ce traitement de faveur. Car l'une des préoccupations du Wigan Casino devint la bonne commercialisation des sons qui remuaient son dancefloor : d'où les enregistrements à la demande des DJ's, leur test dans le club, et, en cas de succès probant, leur mise en vente sur le marché à travers un certain nombre de labels comme Pye ou Spark, quand ce n'étaient pas tout simplement des repressages sauvages de raretés US à forte demande. Finalement, tout ceci allait dans la continuité des évènements qui avaient commencé, en 1974, avec l'introduction de caméras de la BBC dans le Casino, puis, un an plus tard, la remastérisation finalement autorisée par Mike Walker des sons issus de ces reportages. La machine était devenue de fait un vrai business, bien loin des premiers évènements qui devaient être estampillés Northern Soul. Evidemment, les puristes, encore une fois, sentirent comme une trahison, et raison était finalement donnée aux journalistes du Billboard: depuis New-York, ils avaient eu le nez creux! Le déclin était dès lors en marche...


Northern SoulNéanmomins, ce déclin rapproche finalement le Wigan Casino de ses illustres prédécésseurs que furent le Twisted Wheel et le Torch, et de bien d'autres lieux qui firent les belles heures de la Northern Soul -Cavern Club, Hacienda, Va Va's Bolton, Catacombs et autre 100 Club... Le Casino fut la première victime de son succès, et après un refus d'agrandissement par les autorités locales, se vit prier de fermer ses portes pour, officiellement, permettre la construction d'un nouveau centre civique. Officieusement, la forte consommation d'amphétamines était, une fois de plus, très certainement à la base de cette décision. En effet, il n'y avait pas d'alcool dans ce club, et tenir le rythme imposé par les DJ's ne laissait d'autre choix à bon nombre de fans que de se survitaminer. La dernière soirée fut prévue pour le 19 septembre 1981, quelques semaines après le suicide de Mike Walker. C'est Russ Wistanley, qui durant les 8 années d'ouverture du club n'avait raté qu'un allnighter, qui présida à la cérémonie. Peu avant l'heure de fermeture -définitive-, il lança donc le traditionnel three before height: Long After Tonight Is All Over de Jimmy Radcliffe, Time Will Pass You By de Tobi Legend et I'm On My Way de Dean Parish. Il répéta ce three before height par trois fois avant de, face à un public en larmes et pas pressé de quitter les lieux, passer une dernière fois le titre qui devait être considéré comme l'hymne du Casino, à savoir Do I Love You de Dean Parish.


I just made up my mind

Northern SoulQue dire du public de ces soirées sur une période qui court sur plus de 15 années? Comme nous l'avons déjà noté, les premiers fans de Soul furent les Mods, avec tout l'attirail qui les carractérisait. De fait, Vespas et Lambrettas envahissaient sans surprise les trottoirs aux abords de ces dance-clubs dans les premières années. Côté look, il semble inutile de s'attarder sur l'esthétique, les marques et costumes qui devaient peupler les dancefloor, si ce n'est que ces derniers traduisirent, dans le temps, celui de la deuxième moitié des années 1960, la lente évolution du paraître des jeunes anglais: Hard Mods et Skinheads devaient donc faire partie de cette population toujours au faîte de la musique noire américaine, et ce d'autant plus que le Reggae a eu ses sessions dans des endroits comme le Twisted Wheel et le Torch, même s'il n'atteignit jamais le succès qui fut le sien à Londres et dans le Sud de l'Angleterre. Ceci dit, certaines compilations contemporaines de Northern Soul comptent bien quelques morceaux inévitables, tel le Make Me Yours de Phyllis Dillon. Dans tous les cas, costumes en mohair, brogues, Hush Puppies, Ben Shermans sont parmi ces détails qui reviennent et caractérisent le fan de Northern Soul des débuts.


Northern SoulLes années 1970 et le succès du phénomène amènent des nouveautés dans l'accoutrement des Soulboys. L'exubérence des 70's n'est donc pas sans influence sur les looks, mais il faut aussi mettre en avant les pratiques des fans sur le dancefloor pour mieux comprendre l'abandon de vêtements prêts du corps, au profit de pantalons permettant des mouvements amples ou les accompagnant tout en soulignant leur dextérité. Pour le coup, les hommes se retrouvent donc en baggies et autres pattes d'éph' ultra larges n'offrant que très peu de résistance à des figures menant les danseurs du sol à des sauts au dessus de la foule, de grands-écarts à des vrilles ultra-rapides en passant par des back-drops à se tordre le cou. En haut, exit les chemises exigues, il faut de la place, de l'air Northern Soulpour transpirer, et les T-shirts et débardeurs sont donc la règle. Côté féminin, les robes sont de mise et accompagnent, de leurs volants, les tours sur place, ou spinnings, comme pour les disques; on imagine aisément que les robes longues ont de ce fait eu la préférence de la plupart des danseuses. Aux pieds, les brogues et autre modèles à semelle de cuir plattes ou à légers talons, accompagnèrent de leur classe et originalité les pas de ces champion(ne)s en matière d'acrobaties. Pour faciliter les enchaînements, les Soulies se munissaient par ailleurs de talc, dont ils n'hésitaient pas à saupoudrer les parquets, rendus ainsi plus apte à accueillir tout genre de glissades. Enfin, il faut mentionner l'habitude qui consista pour les allnighters à parrer leurs vêtements, sacs et autres accessoires visibles, de nombreux patches retraçant leur parcours à travers les dance-clubs du Nord de l'UK, patches qui selon les lieux, étaient sortis et proposés au public à n'importe quelle occasion. En la matière, le Wigan Casino en offrit une gamme exceptionnelle, tant du point de vue numérique que des motifs et slogans qu'il mit à l'honneur.


Northern SoulMais ce n'est évidemment là que la partie visible de l'iceberg. Les amphétamines ont déjà été maintes fois évoquées: elles firent dans le milieu l'objet d'une consommation énorme de la part des danseurs, leur procurrant endurance et explosivité tout le long de ces nuits. Nul doute qu'un minimum d'entraînement physique faisait aussi partie des habitudes des Soulies en dehors des allnighters -d'ailleurs, beaucoup se rendaient en allnighters munis d'un sac avec le nécessaire pour un minimum d'hygiène et de confort, comme s'ils allaient disputer une partie de n'importe quel sport demandant un tant soit peu d'effort physique, l'échauffements sur les bords du dancefloor faisant inévitablement partie du rituel-, ou bien il fallait être rudement talentueux pour enchaîner le plus naturellement du monde back-drops, grands-écarts et loopings sans noms, quand il ne s'agissait pas de plongeons dans la foule depuis le balcon du Casino: c'était sans nul doute le plus court chemin jusqu'à la piste de danse! Et puis, forcément, tout fan de danse est forcément fan de musique, et le Casino, tout orienté business is business qu'il était, fit le bonheur de bien des allnighters en leur proposant à la vente, en alliance avec des labels et les médias, les repressages des raretés les plus en vogue dans le milieu...


Try a little harder

Le simple fait, aujourd'hui, de lire ces quelques lignes, prouve bien que la foi en la Northern Soul est toujours de mise. D'ailleurs, leurs principaux acteurs et fans eux-mêmes ne l'ont jamais complètement abandonnée. Ce n'était tout simplement pas aussi visible qu'à travers ces lieux du Nord de l'Angleterre où le phénomène a pu briller d'un éclat aussi rare qu'éblouissant. Ainsi, le Twisted Wheel réouvrit ses portes en 1999 dans ses locaux originaux, grâce à la passion intacte d'un ancien fan, Pete Roberts. Ce dernier n'hésite pas à souligner comment, à l'époque, les artistes Soul de passage dans le club étaient choyés, alors même que dans leur propre pays, ils ne risquaient pas de manger à la table ou dans la même salle qu'un Blanc, et encore moins d'être servi par l'un d'entre eux. Il fustige dans le même entretien, accordé au Manchester Evening News en octobre 2006, le vol commis par le Wigan Casino et la perversion dont ce dernier se fit l'outil quant au véritable esprit, selon lui, de la Northern Soul. Sa fidélité au mouvement Mod est mise en avant avec la présence, devant l'entrée des locaux, d'un Lambretta de 1967, et en ce qui concerne les amphétamines, il les dit avoir été remplacées lors des allnighters mensuels désormais organisés, par des béta-bloquants, la moyenne d'âge se situant largement au-dessus de 50 ans, avec une majorité écrasante d'anciens membres du club parmi les habitués. Enfin, les galettes qui font l'amour aux platines et délivrent leurs éffluves si désirées sont, à ses dires, toutes antérieures à 1971: on ne mettra pas sa parole en doute...


Northern SoulDe leur côté, les murs du Torch ne survécurent pas longtemps au dance-club puisqu'ils brûlèrent dans un incendie peu de temps après leur fermeture. Comme nous l'avons vu, ses DJ's résidents participèrent au succès d'autres temples de la Northern Soul, perpétuant l'esprit à travers le Nord de l'Angleterre. Et, tout récemment, en février 2008, la ville de Stoke fit apposer une plaque commémorative à Hose Street, Tunstall, plaque rappellant la présence à cet endroit d'un haut lieu de la culture populaire (scuse-me Chiwibibi, NDLR) locale.


A la fermeture du Blackpool Mecca, Ian Levine s'employa pour sa part à explorer plus en avant les directions qu'il avait jusque là entamées. Il produisit un hit avec High Energy d'Evelyn Thomas et entreprit sans succès la "resurrection" d'anciens artistes Motown avec le projet Motorcity. Il fut tout de même l'heureux instigateur et producteur du groupe Take That au début des années 1990, réappliquant la recette à minettes pour Boys Inc et Boyzone. Il a été, de plus, mis à contribution pour la réalisation du film The Strange World Of Northern Soul.


Northern SoulCôté Wigan Casino, il est bon de noter que, suite à la fameuse soirée de fermeture officielle, deux autres allnighters eurent encore lieu, les 2 octobre et 6 décembre 1981, alors que le bâtiment devait prendre feu moins d'un an plus tard. Le centre civique ne fut quant à lui jamais construit. Bien heureusement, on ne compte plus les compilations qui lui ont rendu hommage -compilations qui ont par ailleurs eu la bonne idée de s'intéressser aussi aux autres dance-clubs-, ni le nombre de reportages télévisés dont il a fait l'objet. A ce titre, il est bien le plus médiatisé desdits clubs, au point d'être considéré comme un des instigateurs originaux du phénomène quand il n'a fait que le pousser d'un statut underground aux yeux ébahis d'une foule en mal de danse. Kev Roberts est, pour sa part, devenu l'un des principaux consultants du label Goldmine, lequel s'emploie, à travers un grand nombre de compilations, à faire redécouvrir les sons qui ont rythmé une quinzaine d'années durant les nuits du Nord de la Grande-Bretagne. D'ailleurs, à ce jeu-là, le label Kent n'est pas en reste... Enfin, les années 2000 ont vu Russ Wistanley prendre les routes d'assaut, accompagné de Dean Parish, dans le but de refaire vivre aux nostalgiques qui le désirent les grands moments du Wigan Casino, et bien plus.


D'un point de vue strictement musical, cette période aura aussi influencé bon nombre d'artistes anglais. Il n'est besoin, pour s'en rendre compte, que de citer les Jam et leur reprise de What de Judy Street quand Softcell revisitait à sa sauce le fabuleux Tainted Love de Gloria Jones, cover qui leur assura le succès planétaire en les classant #1 dans 17 pays en 1981. En 1982, The Maisonnettes prolongeaient encore un peu la Northern Soul'mania avec leur titre phare: Heartache Avenue et, 6 ans plus tard, Kylie Minogue, produite par d'anciens fans de Northern Soul, reprenait pour sa part Time Will Pass You By de Tobi Legend à son compte. Aujourd'hui, ce sont Amy Winehouse et Duffy qui mettent à jour leurs influences.


Enfin, et en guise de conclusion, si ce n'est pour boucler la boucle, il est bon de noter, d'une part, les incroyables et insondables ressources musicales dont la population noire américaine s'est rendue coupable... Et nous, en 2008, serions là, à bouder ou ressasser les classiques sortis de Détroit, Chicago et Memphis si une bande d'Anglais passionnés et toujours en quête de la perle inexistante n'avaient redécouvert et dépoussiéré pour nous tout ce splendide patrimoine fait de sons, d'émotions et de sueur. Et puis, des livres -en anglais-, quelques films -en anglais aussi-, Internet sont passés par là aussi, éclatant les frontières et donnant à ceux qui n'ont que leur passion les moyens d'une communication universelle. Sinon, qui sait? La Tektonik, vous connaissez?


SH, Mai 2008.



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